Tranches de vie... toutes ces choses qui font le canevas d'une vie entre rêve et réalité... fantasme et jouissance
Je suis un peu morose ce soir... Un peu bouleversée, mais avant de digérer tout ce que je viens de voir, je voulais écrire à chaud... Peut être que ce dont je vais parler maintenant va en choquer certains, soit par ce que je vais aborder et narrer, soit par le paradoxe avec les anciens articles publiés, mais il s'agit de moi... Oui de moi, dans mon ensemble et dans toute ma complexité!
Ce soir vient de s'achever une émission sur France 3 sur le déni de grossesse. Pourquoi je vous en parle? Parce que c'est un peu de moi dont il s'agit... Peut être certains l'auront compris suite au premier article publié dans ma cicatrice. Mais je suis passée par cette phase sombre et inhumaine pour certains. Seulement cela ne s'est pas très bien fini pour moi! et pour ceux qui m'entourent!
Encore aujourd'hui, malgré en avoir parlé, malgré une psychothérapie, je ne sais pas pourquoi, je ne sais pas comment... J'ai quelques réponses mais pas les plus importantes à mes yeux. Je suis toujours en quête de ce saint grâle qui m'aiderait à accepter mon geste, bien que je me dis que si je ne le trouve pas c'est que je ne veux pas comprendre non plus, au fond de moi! Il y a cinq ans, je me suis rendue compte que j'étais enceinte au bout du sixième mois. Enfin c'est l'estimation que j'ai faite. J'ai senti un léger mouvement en moi et j'ai paniqué. Je n'avais pas vu mon corps changé, pas senti le moindre symptôme, pas le moindre changement ou la moindre nausée. Mon couple était bancal, mais n'avait jamais été stable d'un autre côté. Mon compagnon à l'époque était solitaire, peu engagé sur du long terme avec moi... On attendait de trouver la bonne personne en évitant de rester seuls chacun de notre côté; de plus je connaissais les colères qui pouvaient le submerger et qui me faisaient peur bien souvent. Là dessus venait se tisser une relation avec ma propre mère totalement destructrice et étouffante. Je ne voulais pas d'enfant, JAMAIS! Aucune envie de reproduire le schéma de ma mère, et ne jamais faire souffrir un enfant comme moi j'avais pu souffrir.
Lorsque je me suis dit que j'étais peut être enceinte, je me suis mise en colère après moi. Comment cela pouvait-il m'arriver, malgré mes précautions, malgré tout... Comment ne pas m'en être rendu compte? Cela était impensable de donner naissance à un enfant! Nous étions à l'époque en situation plus que précaire tous les deux, nous ne voulions d'enfant ni l'un ni l'autre... Et comment allait-il réagir? Cris , coups? J'ai eu peur, j'étais terrifiée... Je me suis dit que j'allais trouvé, demain... Et là un autre mécanisme s'est mis en place: la dénégation d'enfant. Ce sentiment qui fait que vous êtes persuadée que jamais vous n'accoucherez... Moi je l'ai cru. Malgré mes quatre brillantes années de psycho, moi j'ai cru qu'il ou elle allait rester à jamais en moi. Les mouvements ont disparu, comme si j'étais vide, sans rien...
Et puis le 5 août 2003 à 6h30, j'ai perdu les eaux... La réalité était là... C'est extrêment étrange quand j'y repense, il y a un an en arrière, j'aurai dit horrible, terrifiant, mais je me suis levée. Je me suis habillée et suis allée en voiture aux urgences de l'hopital à 15 kms de chez moi. Je me suis présentée et leur ai annoncé que j'allais accouché. Leur surprise lorsqu'ils m'ont vu débarquer seule et sans affaires. Ils m'ont emmené en salle de travail, et m'ont installée. Je leur ai annoncé détachée que je voulais accoucher sous X. Je n'ai même pas réalisé sur le moment ce que je disais. J'ai senti mon corps se tordre, et vous le dire met encore très difficile, mais ... Je leur ai demandé d'éteindre le moniteur, je ne voulais pas entendre son coeur, je ne voulais pas le voir... Pas parce que je ne l'aimais pas... Non tout simplement car je devais le laisser vivre une vie bien plus heureuse sans moi, sans toutes ces tensions, sans toute cette haine qui m'entourait à l'époque.
Une psy est venue me voir, pendant le travail, me demandant si j'avais bien réfléchi et si j'étais sûre de moi. Je lui ai expliqué que je ne voulais pas qu'il soit malheureux, qu'il ne devait manquer de rien, que je ne saurai pas l'aimer et que je préférai le savoir heureux dans une famille en mal d'enfant qui l'aimerait certainement mieux que moi. Son père? Mélange d'histoire, mélange de tout! Je lui ai dit qu'il était décédé. Mais c'est faux! Je n'ai compris qu'avec ma thérapie pourquoi je lui ai dit çà. Quelques années auparavant, l'homme que je considérai comme l'homme de ma vie s'est tué en voiture... Je voulais inconsciemment apparemment, que ce soit lui le père... Et çà me permettait d'accepter mon choix...
J'ai accouché à 13h45. Je ne l'ai pas vu, pas touché, pas entendu, à part dans le couloir quand ils l'ont emmené... à ma demande... Je ne voulais pas de souvenir. Peur de le toucher et de ne plus pouvoir m'en séparer. Je ne voulais rien savoir de lui pour mieux faire mon deuil, pour moins souffrir. La psy a compris et a respecté mon choix. J'ai ensuite été mise sous calmant, puis isolée des autres mères. Sur ma porte de chambre, il y avait un sens interdit avec "ne pas entrer". Je crois que je m'en souviendrai toute ma vie!
Le lendemain à 10h je signai une décharge pour sortir. J'embauchai à 13h30. Commença alors le deuxième supplice: le déni d'enfant! J'ai fait socialement comme si il ne s'était rien passé. Pas de psy, pas de suivi, surtout pas parlé! Personne ne le saura jamais. Seule moi sait qu'un petit être, un petit bout de nous, est quelque part choyer et aimer. Et cela seul me tenait. Et puis un an et demi plus tard, toujours avec le père de l'enfant, avec des relations plus tendues et de plus en plus violentes psychologiquement et physiquement, il m'a fait avouer une nuit son intuition. En tentant de m'étrangler, je lui ai avoué en larmes que oui, j'avais été enceinte, oui j'avais accouché, oui j'avais abandonné... Cela faisait presque deux ans que mon entourage me voyait être l'ombre de moi même, sans rire, sans joie. J'avais laissé une partie de moi dans cette salle. Je me sentais sale, monstrueuse!
C'est enchainé toute la descente aux enfers. Avec le père qui alternait entre compréhension et violence, l'annonce à mes parents forcée ainsi qu'à mon meilleur ami. Et le rendez-vous à la DDASS. Où j'ai appris presque deux ans plus tard que c'était une petite fille! Elle prenait vie pour la première fois! Elle était épanouie, heureuse, dans une famille avec déjà deux enfants... Je n'en saurai pas plus, mais le principal est là pour moi... La suite est d'autant plus glauque...
Nous nous sommes séparés, il m'a fait vivre un enfer jusqu'au mois de mai 2008. Maintenant on arrive à se parler, à en parler... Mais j'ai vécu trois ans de recluse, de honte, de regards moralisateurs, accusateurs de la part de mon entourage, qui n'a pas compris et qui surtout n'a pas voulu comprendre après. Je suis un monstre à leurs yeux point! Je l'ai cru pendant longtempts, et il m'arrive encore de le croire et de le sentir de temps en temps.
Ce soir, en regardant cette émission, je me suis retrouvée quelque fois dans certaines phrases, dans certaines situations. Et j'ai eu envie de le dire à qui le lira. Pas d'exhibition, juste expliqué une histoire, tout simplement. Vous savez, je suis tombée il y a quelques temps sur un blog où il était écrit que c'était inhumain d'abandonner ses enfants, que cela devrait être puni très durement par la loi, et que certains se battent pour en avoir, alors que d'autres les jettent par la fenêtre... Je prends le risque de recevoir ce genre de com ce soir, tout simplement, car aujourd'hui cela fait partie de ma vie. Elle est ma vie, ma cicatrice, chaque jour qui passe j'y pense, et encore plus à son anniversaire et aux périodes de Noël. Je comprends ces parents en mal d'enfant, mais franchement je sais qu'à l'instant T j'ai fait le meilleur choix pour elle. Oui pour elle! Moi je me reconstruirai jamais en tant que mère, je ne le veux pas, je ne veux pas d'enfant, je ne suis pas faite pour çà, c'est mon avis depuis que j'ai douze ans, c'est comme çà. Je n'ai pas d'instinct ou d'envie, je ne sais pas pourquoi, enfin un peu seulement... mais je l'accepte, mais tous les jours j'ai cette douleur en moi.
La chance que j'ai, c'est d'avoir rencontré un homme à qui j'en ai parlé dès le début de notre relation, et qui n'a pas jugé. Il a essayé de comprendre et a accepté tout simplement, accepté de rester avec moi malgré çà, tout en sachant. Et cela me rend forte, à chaque fois qu'il me regarde, à chaque fois qu'il me dit qu'il m'aime, je sais que c'est pour moi, et pas pour une personne factice, ou morcelée. Je ne vous dis pas que ma vie est facile tous les jours. Il y a beaucoup de nuit comme celle qui s'installe aujourd'hui où je pleure, où je me demande si j'ai fait le bon choix, où je me demande si un jour elle me pardonnera... la seule chose que je fais c'est lui écrire régulièrement pour que ce soit dans son dossier, pour qu'elle connaisse son histoire, et qu'elle sache que malgré tout c'était un geste d'amour...
Alors le reste du temps, je mets mes masques, drôles, libertins, consensuels... mais au fond de moi, au fond de ma personnalité complexe, la vérité est ici....
Je m'excuse par avance si il y a des coquilles mais pour une fois, je ne vais pas me relire, sinon jamais je le posterai!